HAPLUCIA : dernière ligne droite pour faire contribuer l’école dans la lutte contre la corruption

La lutte contre la corruption au Togo veut désormais commencer dès les bancs de l’école. La Haute Autorité de prévention et de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HAPLUCIA) a ouvert, ce mardi 25 août 2026 à Lomé, un atelier consacré à la validation de 34 projets de manuels pédagogiques destinés à intégrer l’éducation à l’intégrité et à la lutte contre la corruption dans les différents niveaux du système éducatif.

Présidée par Aba Kimelabalo, président de la HAPLUCIA, la rencontre réunit des experts en développement curriculaire, des enseignants et plusieurs acteurs du système éducatif. L’objectif affiché est de faire de l’éducation un instrument de prévention, en agissant sur les comportements et les valeurs avant même que les pratiques corruptives ne s’installent.

En ouvrant les travaux de l’atelier, le président de la Haute Autorité de prévention et de lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HAPLUCIA) devenue entre-temps HATIC, a appelé à placer l’éducation au cœur de la stratégie nationale de prévention de la corruption.

« L’éthique et le choix des valeurs qui guident nos choix et nos actions, l’école tend à en être le premier laboratoire. Cette affirmation résume éloquemment la raison pour laquelle nous sommes réunis ici et met l’enseignant au centre du développement et de la construction des citoyens intègres. (…) La lutte contre la corruption ne saurait se limiter aux investigations, aux sanctions et aux mécanismes de contrôle. Ces dimensions sont indispensables, mais elles interviennent souvent lorsque les comportements répréhensibles sont déjà installés. La prévention, quant à elle, doit agir en amont. Elle doit contribuer à former les consciences, à façonner les comportements et à inculquer, dès le plus jeune âge, le sens du bien commun et de la responsabilité », a déclaré Aba Kimelabalo.

La démarche traduit une évolution de l’approche de la lutte contre la corruption. Aux mécanismes de contrôle, aux enquêtes et aux sanctions doit désormais s’ajouter un travail de fond sur les mentalités. Pour la HAPLUCIA, sensibiliser les jeunes à l’intégrité, à la responsabilité, à la transparence et au respect de l’intérêt général revient à agir en amont sur l’une des conditions susceptibles de favoriser la corruption.

HAPLUCIA

Pour Aba Kimelabalo, ces outils doivent aller au-delà de la simple transmission de connaissances théoriques. Ils devront permettre aux apprenants de comprendre ce qu’est la corruption, d’en identifier les différentes manifestations, d’en mesurer les conséquences et surtout de savoir comment adopter des comportements responsables face aux situations à risque.

« Un enfant qui sait qu’il ne faut pas tricher, mais qui comprend également pourquoi la tricherie porte atteinte à l’équité et à la confiance a déjà franchi une étape importante. Un jeune qui connaît les dangers de la corruption et qui sait comment réagir lorsqu’il y est confronté devient un véritable acteur de prévention », a-t-il indiqué.

Les 34 projets de manuels soumis à validation couvrent plusieurs segments de l’enseignement. Ils comprennent 1 manuel pour le préscolaire, 3 pour le primaire, 8 pour le premier cycle de l’enseignement secondaire général et 9 pour le second cycle. L’enseignement technique compte 1 manuel pour le cycle court et 6 pour le cycle long, tandis que 6 projets sont consacrés à l’éducation non formelle et à l’alphabétisation.

Ces supports ne sont pas entièrement nouveaux. Avant leur validation, ils ont été relus par un comité restreint composé d’experts issus des différents niveaux d’enseignement. Les observations recueillies lors d’une phase de pré-test ont également été prises en compte afin d’améliorer les outils élaborés l’année précédente.

L’enjeu dépasse ainsi la simple production de nouveaux ouvrages scolaires. Les futurs manuels doivent permettre aux apprenants de comprendre la corruption, d’en reconnaître les différentes formes, d’en mesurer les conséquences et surtout d’acquérir des réflexes leur permettant d’adopter des comportements responsables face aux situations à risque.

Cette ambition place également les enseignants au centre du dispositif. Selon Sena Koffi Agbozoh, Inspecteur général de l’éducation, leur rôle est déterminant : l’enseignant ne transmet pas uniquement des connaissances, il doit également incarner les valeurs d’intégrité qu’il entend transmettre à ses élèves mais aussi, il faille que les modules à enseigner soient en adéquation avec les capacités de l’enseignant et de l’apprenant.

« Enseigner une nouvelle matière sans donner de charge à l’enseignant ? (…) Dans un premier temps, nous avons essayé d’identifier ces capacités d’accueil. Ensuite, nous avons fusionné, reformulé les objectifs et repris tous les cours suivant la méthode APC. Vu le succès qu’a connu le pré-test, le président du Conseil a instruit le président de la HAPLUCIA et notre ministre pour qu’on puisse étendre cela à un nombre encore plus important d’établissements », a-t-il précisé.

HAPLUCIA Les experts, enseignants, points focaux, participants
Les experts, enseignants, points focaux, participants

Pour la HAPLUCIA, cette responsabilité ne saurait toutefois être limitée à l’école. L’État, les institutions publiques, les collectivités territoriales, les familles, les médias, la société civile, le secteur privé et les citoyens sont appelés à participer à la construction d’une véritable culture de l’intégrité.

Le défi sera désormais de transformer ces outils pédagogiques en pratiques durables. Après leur validation, leur diffusion devra être accompagnée de la formation des enseignants et des formateurs, ainsi que d’une évaluation régulière de leur impact. Car l’efficacité de cette politique ne se mesurera pas seulement au nombre de manuels produits ou d’élèves sensibilisés, mais à la capacité du dispositif à faire évoluer les comportements et à réduire la tolérance sociale envers les pratiques corruptives.

La HAPLUCIA a, dans cette perspective, salué l’appui de ses partenaires techniques et financiers, notamment l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et la République fédérale d’Allemagne, engagés aux côtés du Togo dans les efforts en matière de bonne gouvernance, de transparence et d’intégrité.

À travers ces 34 projets de manuels, l’institution entend donc inscrire la prévention de la corruption dans la durée. Le pari est simple : plutôt que d’attendre que la corruption produise ses effets pour la combattre, apprendre dès l’école à reconnaître ses mécanismes et à développer les valeurs susceptibles de lui résister.

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